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L’initiative sur la neutralité ou comment se draper d’une fausse dignité pour soutenir les dictateurs

Tout le monde, ou presque, défend la neutralité suisse. Elle a permis au pays de défendre son intégrité territoriale, de s’imposer comme une plaque tournante des bons offices mais aussi d’assurer sa survie dans les heures les plus sombres de l’histoire. Personne ne la remet d’ailleurs sérieusement en question.

Pourquoi donc une initiative pour la neutralité, quand la Suisse est déjà neutre ?

Tout l’enjeu de la votation du 27 septembre se fige dans cette question. Aujourd’hui, la neutralité n’est pas définie dans la Constitution suisse, qui se borne à établir que l’Assemblée fédérale et le Conseil fédéral ont pour mission constitutionnelle de préserver la neutralité du pays (art. 173 et 185 Cst.), sans expliciter le concept. De fait, le droit de la neutralité est uniquement défini par deux conventions internationales de 1907 dont la Suisse est signataire et qui règlent le comportement à adopter en temps de guerre.

C’est peut-être toute la force du concept helvétique : s’adapter aux enjeux de l’époque en respectant un socle minimal. Certes, certains épisodes sont plus glorieux que d’autres – l’accueil en 1871 de l’armée Bourbaki et ses 87 000 soldats affamés, au nom de la neutralité ; certains moins – la vente d’armes par des entreprises privées tant aux Alliés qu’aux nazis.

L’initiative propose un virage à 180 degrés en figeant « une bonne fois pour toutes » la neutralité suisse dans une conception étriquée.

D’abord, une conception militarisée : l’initiative prévoit explicitement que la neutralité est armée. Ensuite, l’interdiction d’adhérer à une alliance militaire offensive ou défensive. Finalement – c’est là son cœur – l’interdiction de prendre des mesures coercitives non militaires contre un État belligérant, sauf obligation de l’ONU.

Qu’il est naïf, dangereux et contre-productif de limiter autant sa capacité d’action ! En effet, si le conseiller fédéral Cassis se réveillait (on peut rêver !) et proposait de prendre des mesures contre l’État d’Israël pour s’indigner des massacres commis, alors ce serait contraire à l’initiative, sauf résolution de l’ONU (par définition impossible avec le veto étatsunien au Conseil de sécurité). Si notre gouvernement avait eu le courage de prendre des mesures contre le régime d’apartheid en Afrique du Sud, c’eût été contraire au texte soumis au vote. Et surtout, surtout, les mesures prises pour condamner la guerre d’agression de la Russie de Poutine contre l’Ukraine seraient contraires à la neutralité telle que définie par l’initiative.

Tel est bien l’enjeu majeur de la votation. Elle a été lancée par Blocher et ses sbires lorsque la Suisse a eu l’outrecuidance de reprendre les sanctions internationales contre la Russie. Le but de ces gens, c’est que la neutralité leur permette de continuer de commercer avec les pires ordures de la planète. Ne pas choisir de camp, jamais. Or ne l’oublions jamais, ne pas choisir, c’est souvent déjà choisir. La force de la neutralité suisse, c’est de s’adapter aux enjeux de son époque. D’avoir une diplomatie active, de ne pas transformer encore plus notre pays en Ponce Pilate international.

Je défends farouchement notre neutralité et si l’affaire n’était pas aussi grave, je sourirais de voir les pontes de l’UDC vanter et vouloir prétendument renforcer un concept… imposé historiquement par des dirigeants étrangers en 1815. Mais je refuse que cette neutralité se transforme en une fausse pudeur dont le but est de s’enrichir encore davantage en commerçant avec les dictatures les plus abjectes. Aujourd’hui déjà, au nom de la neutralité, notre positionnement international devient souvent indéfendable, ne condamnant pas comme il se doit les violations répétées du droit international par Israël, les États-Unis, l’Iran et bien d’autres. Cette initiative est l’assurance que par l’absence de sanctions, notre pays soutienne encore davantage l’ignoble, le cruel et l’injuste.

Glissons un grand NON dans l’urne !

L’initiative sur la neutralité ou comment se draper d’une fausse dignité pour soutenir les dictateurs

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