En septembre, la population est à nouveau appelée aux urnes pour un objet en lien avec notre alimentation. L’initiative « Pour une alimentation sûre » ambitionne de relever fortement notre taux d’auto-approvisionnement en modifiant en profondeur notre système agricole nourricier.
Son levier principal est une importante réduction de la production animale au profit de la production végétale. L’attribution des paiements directs est l’outil principalement évoqué pour atteindre cet objectif, car actuellement, la très grande majorité de ces contributions est destinée à soutenir la production de viande.
Sur le fond, les objectifs défendus par l’initiative sont plus que louables. Selon les initiant·es, un taux d’auto-approvisionnement de 70 % est visé, au lieu d’à peine 50 % actuellement. Une utilisation efficiente de nos ressources et la protection de l’eau potable sont également des fondamentaux auxquels nous ne pouvons pas déroger. Au PS, nous devons les défendre. Là où le bât blesse, c’est dans les moyens prévus, car ils ignorent sciemment différentes vérités vécues par les familles paysannes.
En premier lieu, le texte proposé ne modifie pas un élément pourtant essentiel de la Constitution : l’agriculture est censée répondre aux exigences du marché (Art. 104a, al.1, let. c). Quand on a dit ça, on a tout dit ! Refuser de s’attaquer au sacro-saint marché, c’est continuer de se courber devant un système qui malmène les paysannes et paysans, les consommatrices et consommateurs, et notre environnement. Non, la production de nourriture n’est pas là pour satisfaire les ambitions économiques du marché ! Elle est là pour permettre à la population de se nourrir en suffisance et de rester en santé.
Deuxièmement, le délai fixé par l’initiative, soit 10 ans dès l’acceptation en votation populaire, est irréaliste. Des investissements conséquents ont été consentis par les familles paysannes, et bien souvent par les collectivités via des prêts sans intérêt ou des subventions à fonds perdu. Les durées d’amortissement, en général supérieures à 20 ans, ne permettent pas de changement aussi radical. Ces investissements, notamment en faveur du bien-être animal, ont été exigés par le législateur et ne peuvent pas être simplement abandonnés.
Pour autant, l’urgence est réelle et l’été que nous venons de traverser ne fait que confirmer ce constat. En matière de climat, comme tout un chacun, le monde agricole est à la fois victime et bourreau. À mon sens, la question agricole et alimentaire est au cœur de nos sociétés et attend une réponse globale. Il est vraiment positif de voir l’intérêt qu’elle génère, bien que cet intérêt puisse être parfois mal perçu par le monde agricole. Je vois trop souvent les paysannes et paysans vivre, ou plutôt devrais-je dire subir cet intérêt comme une ingérence non justifiée dans leur travail.
Pourtant, dans ce domaine, nous devons toutes et tous nous montrer solidaires et apporter notre pierre à l’édifice. Un système agro-alimentaire sain repose sur trois piliers essentiels : des fermes résilientes et vivantes, un système de collecte, transformation et distribution transparent et équitable, des consommatrices et consommateurs respecté·es tout en étant conscient·es de leur rôle.
Et le monde politique dans tout ça ? À lui de veiller à instaurer le cadre nécessaire et suffisant pour tenir compte des enjeux sociaux, environnementaux et économiques.